La compétitivité universitaire : une notion contemporaine ?

Compétitivité… cette notion vous parait bien moderne ? Que nenni !

Déjà au moyen age, et même bien avant, elle est une constante de la société.

Au moyen age, le modèle de l’universitaire est à la fois parent du modèle du prêtre, mais aussi parent d’une autre figure plus traditionnelle : celle du guerrier. Tout comme lui, l’universitaire se nourrit des valeurs de l’agressivité et de la compétitivité.

Au sein de la corporation universitaire, les rapports sont dominés par un fort esprit de compétition.

Compétition entre facultés d’arts et de théologie au 13ème siècle, le débat portait sur l’autonomie du savoir philosophique par rapport au savoir théologique ; aussi au 15ème siècle, on débâtait pour savoir quelle discipline, théologie, médecine ou droit, dominait les autres. On voyait aussi une compétition pour déterminer quelle université enseignait le mieux sa discipline. Par exemple, l’université de droit d’Orléans a longtemps été réputé comme étant la meilleure.

Le prestige d’une université tenait à la qualité de ses maîtres. Les maîtres ne sont pas exclu de cette compétition : chacun d’eux cherche à être le meilleur, le plus brillant, savant, célèbre, à avoir le plus d’élève, le plus d’argent, de prestige…

Enfin, il y existait une compétition entre les étudiants : être le plus apprécié d’un maître, avoir l’admiration des autres, franchir le plus rapidement possible les étapes du curriculum.

Donc contrairement aux chevaliers, les armes des universitaires ne sont pas faites de métal, mais de mots ; toutefois, comme eux ils déployent leur agressivité au sein d’un système hiérarchique qu’ils respectent, qui leur impose fidélité et obéissance. Même si elle fut forte, jamais la compétition universitaire n’a remis en question la hiérarchie entre étudiants, bacheliers et maîtres.

Comme les chevaliers, les universités ont mis en place des joutes, et instauré un cadre de compétition. Ce cadre, c’est la dispute. La leçon, le sermon et la dispute représentent les activités scolaires médiévales par excellence. On les pratiquait dans toutes les facultés de l’Université du moyen age. Les étudiants et bacheliers avaient le droit de participer aux disputes, alors que seul le maître avait le droit d’exercer la leçon et le sermon (en théorie seulement : Les maîtres absentéistes qui déléguaient leurs attributions à des bacheliers étaient relativement courants).

La dispute se déroulait généralement en trois phases : d’abord, la question initiale était posée par le maître. Ensuite suivait la confrontation entre deux étudiants ou deux bacheliers, qui proposaient deux avis différents. Enfin, le maître évaluait les argumentations, choisissait la solution et réfutait tous les arguments qui la contredisaient. La dispute était un exercice quasiment quotidien, présent à tous les niveaux et dans toutes les phases de l’activité universitaire. Elle constituait donc un entraînement continu à la confrontation, à l’affrontement, à la joute oratoire et intellectuel.

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