Le moyen âge, une société d’hommes

S’il y a une chose que l’on peut accorder aux français, c’est que sur la question de la place de la femme dans la société ils ont fait preuve, jusqu’au XXème siècle, d’une grande constance ! Nous ne ferons pas ici la genèse, ni l’histoire, de la traditionnelle misogynie française, mais nous nous bornerons à évoquer l’exclusion des femmes des universités médiévales. Si la société de la période médiévale a bien voulu admettre les femmes dans les milieux ecclésiastiques, et même parfois dans les lieux du pouvoir politique (rarement, il faut bien le dire…), la possibilité d’un magistère universitaire féminin n’a probablement jamais été considéré ! Dès sa fondation aux premières années du XIIIème siècle, l’université est un lieu réservé exclusivement aux hommes. Leur éducation universitaire commençait par une dizaine d’années en faculté d’art, où on leur enseignait la logique, la physique, la métaphysique, et les arts philosophiques, notamment les textes d’Aristote, redécouverts au XIIème siècle. Une fois cette longue période d’initiation passée, ils pouvaient enfin prétendre accéder aux facultés supérieures : théologie, médecine ou droit, qu’ils fréquentaient au moins cinq ans. Donc durant une vingtaine d’années, de l’adolescence à la pleine maturité, les clercs des universités (les universitaires sont définis comme étant des clercs dès le début du XIIIème siècle) ne rencontraient jamais de femmes, hormis celles des rues, des maisons, des tavernes… ou les prostituées, qu’ils voyaient malgré les interdictions. D’autres communautés exclusivement masculines existaient (la chevalerie), mais les universitaires étaient une des communautés les plus rigides, les plus fermées, et les plus durables de tout le moyen age. Si les universités médiévales ont certainement beaucoup contribué à former une classe d’élite, elles ont aussi largement contribué à bâtir et transmettre le modèle de perfection virile [virile est un mot dérivé du latin « uir », qui signifiait homme (à distinguer de « homo »), qui exprime les qualités considérées comme proprement masculines], et ainsi exclure davantage les femmes. La première valeur de ce modèle est la rationalité. Toute l’activité universitaire est une célébration de la raison. Traditionnellement, la rationalité est une qualité que l’on attribue très rarement aux femmes. L’idée que les femmes sont dominées par des passions et désirs irrationnels, et que les hommes sont les dépositaires de la raison, est très ancienne : rappelons que les textes aristotéliciens constituent la base de l’enseignement dans la faculté des arts, et nous savons tous que la société du monde grecque antique est une des plus misogynes qui soit… donc l’université enseignant la raison, il était logique qu’elle ne puisse pas être accessible aux femmes. Pour accéder au plein exercice de la raison, les jeunes universitaires doivent apprendre à devenir chastes, tempérants, forts pour résister aux tentations de la chair, et méprisants envers les plaisirs du corps. Les maîtres les plus extrémistes prônaient un détachement du monde, la chasteté ou même la virginité. Notons toutefois que bien qu’ils soient célibataires, tous les maîtres et étudiants des universités médiévales n’ont certainement pas respecté ces prescriptions qui, même pour les plus fervents chrétiens, paraissaient pour le moins rigides.

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